Ce matin, j’ai signé une lettre à l’intention du maire d’Ashdod, la ville israélienne jumelée avec Bordeaux. Je lui dis le soutien que j’apporte à ses concitoyens dans l’épreuve qu’ils subissent depuis des semaines: des roquettes tirées de la bande de Gaza toute proche frappent des bâtiments de la ville et y font des blessés. Comment ne pas comprendre et ne pas partager l’exaspération de la population exposée à ce danger d’autant plus insupportable qu’il est imprévisible ?
Mais en même temps comment comprendre la stratégie israélienne face aux provocations du Hamas? Qui peut imaginer trouver une solution de coexistence durable entre deux peuples qui ont également le droit de vivre sur cette terre, en utilisant la force la plus brutale? Et la plus aveugle puisqu’elle frappe aussi bien les enfants ou les vieillards que les hommes en armes! Qui ne voit qu’une opération militaire aussi sanglante ne peut que durcir les haines, radicaliser la soif de vengeance, pousser les Palestiniens au désespoir et la rue arabe à la détestation d’Israël et de tous ceux qui semblent cautionner sans réserve son comportement?
On éprouve un sentiment d’immense gâchis et l’on cherche vainement une issue à ce conflit qui empoisonne les relations internationales depuis tant de décennies.
Je n’aurai certes pas la prétention de suggérer telle ou telle piste. Je formulerai juste deux souhaits dont la réalisation dépend pour le premier de nous, et pour le second des protagonistes eux-mêmes. Je souhaite d’abord que la France joue le seul rôle utile qui lui échoit: celui de rendre possible le dialogue. Et pour cela elle doit parler à toutes les parties, sans s’interdire de condamner ce qui est condamnable dans les comportements de chacun, mais en se montrant disponible envers les uns et les autres.
Je souhaite ensuite que, du côté israélien comme du côté palestinien, se lève un jour prochain l’homme ou la femme capable de prendre le risque de la paix. Irréaliste? Peut-être. Et pourtant le miracle s’est déjà produit, il y a 15 ans, au moment des accords d’Oslo: ils s’appelaient Rabin et Arafat.
Bonne année!
Plus que jamais peut-être, en ce début 2009, il semble difficile de trouver les mots justes pour formuler des voeux qui sonnent vrai.
Il y a bien sûr les voeux de bonheur privé que nous échangeons autour de nous. Je souhaite à chacune et chacun d’entre vous une bonne année, une “vie bonne”, comme dirait Luc Ferry.
Mais les voeux collectifs?
Il n’est question, pour l’année qui vient, que de difficultés, d’ incertitudes, de crises … Au point qu’on se demande si le pessimisme ambiant ne finit pas par devenir le meilleur aliment des dites crises.
Alors, l’optimisme?
Je préfère nous souhaiter, et souhaiter au monde, une année de mesure, de modération, de conciliation, d’équilibre, toutes vertus qui, je le reconnais, ne courent pas les rues. Faut-il pour autant renoncer à les cultiver ?
Parmi les mots qui donnent de la force au texte de la tribune que j’ai signée avec Jacques Delors, Xavier Emmanuelli, Jean-Baptiste de Foucault et plusieurs autres, j’ai retenu notamment celui de “sobriété”. Sobriété dans l’usage des biens matériels, écrivons-nous, et c’est une réponse aux dérèglements de “l’économie financière”. Sobriété entendue plus largement encore, comme une manière d’être avec soi-même et avec les autres. Ce qui pourrit la vie et la marche du monde, n’est-ce pas en effet l’excès, la démesure, le fanatisme? Nous en voyons chaque jour les conséquences funestes, par exemple à Gaza au cours des derniers semaines.
On m’objectera que rien ne se fait de grand sans une forme de passion. Voire. J’ai longtemps été sensible au genre épique, à la célébration des grands vents qui balaient toutes terres de ce monde. Je perçois mieux aujourd’hui le prix à payer, le cortège de souffrances, de haines, de morts qui s’en suit. Et j’en reviens à Montesquieu: “ Pour qu’un homme soit au dessus de l’humanité, il en coûte trop cher à tous les autres.”
Je souhaite donc que 2009 soit une année de mesure, où les dirigeants du monde s’efforcent de mettre en pratique cette maxime de la sagesse grecque: “Rien de trop”.
Rêve pieux, me direz-vous… Mais s’il est interdit de rêver que le monde n’est pas condamné à rester ce qu’il est, qu’il peut changer, alors à quoi servirait la période des voeux?
A bientôt.
(Je remercie tous ceux qui apprécient la nouvelle présentation de mon blog et me l’on écrit. Nous nous y retrouverons plus régulièrement, si vous le voulez)
Sévère défaite pour Yves Foulon, le maire d’Arcachon, dans la 8ème circonscription de la Gironde.
Deux explications selon moi:
- d’abord le contexte national: l’inquiétude devant la crise et la montée du chômage a profité au candidat socialiste;
- ensuite un facteur local: les électeurs n’ont pas compris le sens de cette élection partielle, un an après le scrutin de juin 2007. Pourquoi changer de député? Nos concitoyens sont de plus en plus attentifs à la cohérence des comportements des responsables politiques, ce qui est sans doute un signe de maturité.
Jacques Toubon, que j’ai bien aimé retrouver, m’avait invité à m’exprimer, à Berlin, devant le Haut Conseil Culturel franco-allemand qu’il préside.
Question: “une politique culturelle européenne est-elle souhaitable?”
Je souligne, pour commencer, qu’aux termes des traités, la politique culturelle relève principalement de la responsabilité des Etats. Et puis, existe-t-il “une” culture européenne dont l’Union pourrait assumer la promotion? Le champ culturel n’est-il pas d’abord celui de la diversité
Ma réponse à la question posée est pourtant positive: je pense que l’Europe devrait s’impliquer davantage dans la politique culturelle.
Nous sommes tous assommés par la brutalité et l’ampleur de la crise qui bouleverse la planète.
Face à ce qui ressemble fort au chaos, peut-on réagir avec mesure? Il faut beaucoup de sang-froid pour ne pas céder à la tentation des explications péremptoires et des réquisitoires sans appel.
Est-ce la fin du capitalisme, du libéralisme, de l’économie de marché?
Dit comme cela, je ne le crois pas. Le libéralisme, c’est-à-dire, si l’on en revient au sens premier du mot, la conviction que la liberté vaut mieux que l’oppression, aussi bien sur le plan moral et politique que sur le plan économique et social, reste pour beaucoup d’entre nous la valeur de référence. Et l’on n’a pas trouvé meilleur mode d’organisation de la production pour créer des richesses que la libre entreprise.
J’entends Soeur Emmanuelle à la radio: “Vivre, c’est aimer. Vivre, c’est partager. Vivre, c’est chanter.”
Ce qui me fascinait chaque fois que j’avais le bonheur de la rencontrer, c’était la joie qui émanait d’elle. Et la lumière. On cherche parfois à définir le mot de “charisme”. Elle était le charisme incarné
Femme d’action aussi: lorsque nous lui avons rendu visite à Callian, il y a quelques années (elle avait plus de 90 ans), elle avait toujours mille projets en tête… et en cours!
Femme moderne: elle avait le don de la communication. Avec les puissants de ce monde. Avec les pauvres. Avec les enfants. Ses formules faisaient mouche. Mais surtout, elle portait intérêt à chacun.
Femme de foi, qui ne cachait pas ses doutes Elle ne prêchait pas. Elle respectait toutes les croyances ou non-croyances. Elle donnait simplement envie de croire.
Nous devions bientôt fêter son centenaire autour d’elle, avec ses amis.
Tristesse, tristesse ce matin. Sa voix de lumière nous manque déjà.
La mission que j’ai conduite à Québec de mercredi à vendredi à été dense.
D’abord, l’assemblée générale de l’AIMF (association internationale des maires francophones).
Elle est statutairement présidée par le maire de Paris, par qui elle a été fondée, il y a trente ans. A l’époque, c’était Jacques Chirac, aujourd’hui Bertrand Delanoë.
Ce dernier se comporte bien. Il rend un hommage appuyé aux deux co-fondateurs: Chirac et son homologue de Québec, Jean Pelletier qui est présent sur la tribune.
Bordeaux est très active dans l’association, notamment dans la commission qui s’occupe de la formation des fonctionnaires municipaux. Nous somme félicités pour les actions menées, en particulier au Mali et au Sénégal.
Cette AG est l’occasion de retrouver des maires venus de plus de 200 villes de tous les continents, et qui ont le français en partage. Ambiance sympathique, parfois émouvante, comme avec le maire de N’djamena, qui me parle de son père, caporal-chef dans l’armée française pendant la seconde guerre mondiale. Il lui a transmis, me confie-t-il, la ferveur gaulliste.
Donner du sens aux réformes… facile à dire, pas facile à faire, j’en conviens.
Choisir des priorités est un exercice forcément réducteur. Je prends toutefois le risque de m’y essayer.
L’une des premières priorités pour la France, c’est de restaurer sa compétitivité.
Mot barbare. Il fait peur. Il est même rejeté par beaucoup.
Mais il nous ramène à cette vérité simple: pour créer des emplois, pour réduire nos déficits publics, il nous faut reprendre le chemin de la croissance. Et la croissance dépend en grande partie de notre capacité à rivaliser à armes égales avec nos principaux concurrents.
Or la compétitivité de la France se dégrade. Il y a un chiffre qui ne trompe pas: celui de notre déficit commercial. Depuis plusieurs années, il ne cesse de se creuser. Nous perdons des parts de marché à l’exportation et nous importons de plus en plus de biens fabriqués à l’extérieur. L’euro ne doit pas être le bouc émissaire de nos difficultés. Comme le note justement Jean Peyrelevade dans son dernier livre, “notre déficit le plus important, près de la moitié du total, est avec l’Allemagne.” Or l’Allemagne a la même monnaie que nous.
Nous sommes tous choqués par l’ampleur, la brutalité, la complexité de la ou des crises qui secouent la planète.
Qui a vu venir le coup?
Certes nous avons été nombreux à souhaiter que la mondialisation s’humanise, que les marchés soient régulés, que des normes sociales et environnementales encadrent le libre-échange. J’avais dit, dans mes “Lettres d’un voyageur”, tout le bien que je pensais du dernier ouvrage de Joseph Stiglitz: “Un autre monde”. J’avais même surpris en déclarant que, d’une certaine manière, je me sentais “altermondialiste”. Certes pas au sens que José Bové donne à ce mot. Mais enfin! qui peut se satisfaire de l’état du monde tel qu’il est?
Soyons francs. Au delà des déclarations de principe, personne n’a vraiment compris, anticipé, agi.
Encore aujourd’hui, personne ne sait vraiment où tout cela va s’arrêter.
La première qualité de nos dirigeants dans la tourmente, c’est le sang-froid. Ils n’en manquent pas.
C’est aussi la capacité de voir à long terme et de dire la vérité aux peuples.
La vérité, c’est que nous sommes en train de vivre une révolution radicale.
J’ai laissé passer un peu de temps avant de parler ici de… 2013.
C’est donc Marseille qui sera capitale culturelle de l’Europe.
La déception, dans Bordeaux, a été immense, à la mesure de l’incroyable mobilisation qui avait galvanisé la ville.
Nous avons été beaux joueurs. Nous avons salué le succès de Marseille; s’ils ont gagné, c’est qu’ils ont été meilleurs que nous. Le jury a fait bien fait son travail.
Maintenant, il faut rebondir. Pas question de laisser retomber l’enthousiasme.
D’abord celui des acteurs culturels avec lesquels il nous faut construire un projet alternatif. Ensuite celui des collectivités partenaires (région, département, communauté urbaine notamment) qui ont envie, si j’en juge par leurs premières réactions, de continuer.
Eh bien! allons-y!
Plusieurs grands équipements doivent voir le jour: l’auditorium de musique, l’Arena, le siège du FRAC (fonds régional d’art contemporain etc.); la base sous-marine doit poursuivre sa transformation.
De très nombreux événements ou rencontres, portés par les partenaires culturels de la Ville (l’Opéra national, le Théâtre national Bordeaux Aquitaine, le Centre d’arts plastiques contemporains, la Rock school …) et beaucoup d’artistes auront lieu comme prévu à Bordeaux, dans la CUB, en Gironde et en Aquitaine.
Nous ne serons peut-être pas sous le feu des projecteurs.
Mais nous y mettrons tout notre coeur.
Bref, j’invite toux ceux qui y ont cru à garder la foi.